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28 décembre 2010

La farce de maistre Pathelin - Anonyme

 

et pour la lettre X du Challenge ABC, un peu de triche ne fait pas de mal.. X donc comme Anonyme (plusieurs auteurs sont avancés: Guillaume Lorris, Jean de Meung, Pierre Blanchet, Antoine de la Salle, Guillaume Alecis le plus probable). Dans le doute l'auteur restera donc X.
Ce qui permet en plus de faire un coup double avec le challenge médiéval.

Et de triche, il est beaucoup question dans ce qui est peut être le texte le plus connu de la littérature médiévale française.

Après les fabliaux la dernière fois, penchons-nous donc un peu sur la farce, pièce de théâtre jouée sur les marché, foires, parvis de bâtiments officiels, et ancêtre direct du théâtre comique à la Molière. L'intrigue est souvent très simple, triviale voire grivoise, la Farce était souvent représentée dans le cadre d'une fête religieuse, entre deux mystères ( pièces morales à thème religieux, vies de saints...). Il fallait donc trouver quelque chose pour éviter que le public ne parte avant même la fin du mystère de la vie de Saint-Machin, d'où l'autorisation de de "farcir" la représentation d'une pièce plus légère. l'âge d'or de la farce se situe au XIV° siècle, celle de Pathelin date d'environ 1460 ( texte d' incunable de 1486 pour l'édition Larousse). Un texte tardif, donc, et plus développé que le tout-venant souvent des fabliaux transposés pour la scène.

Le thème du texte peut être résumé facilement: " a Voleur,voleur et demi". Une première partie nous présente l'avocat véreux et néammoins sans le sou Pierre Pathelin, parti au marché gruger un marchand drapier tout aussi peu honnête que lui. Le drapier lui laisse emporter six aunes de tissus - au prix largement gonflé- à crédit, il devra venir à la fin du marché se faire payer et en plus offrir un repas gratuit par son client, qui a déjà bien sûr prévu de  le rouler dans la farine.
Deuxième étape: lorsque le drapier arrive, Pathelin et sa femme lui jouent un comédie à leur façon: Il est malade, fou, délirant depuis des semaines et n'a pas pu aller au marché. Le marchand a du rêver. Lorsqu'il comprend qu'il a été joué, il revient, mais Pathelin contrefait cette fois la possession démoniaque. A quoi le drapier finir par se convaincre que c'est le diable lui même qui lui a volé son drap.

On pourrait s'arrêter là, mais coup de théâtre!  Le drapier vient également d'assigner en justice son berger qui lui vole des moutons, et qu'il a pris sur le fait en train de se faire un festin des bêtes qu'il devait garder. Or, le berger vient prendre justement Pathelin comme avocat. Le berger devra se faire passer pour simple d'esprit, et donc, en fonctiond ela justice médiévale: certes coupable, pris sur le fait, mais irresponsable de ses actes, donc non condamnable
Et lors du procès, le drapier ne sait plus ce qu'il doit faire, mélange le vol de tissus et le vol de moutons, et passe à son tour pour fou, est débouté. Pathelin semble avoir joué le drapier une seconde fois, sauf que le plus malin de tous n'est pas l'avocat, mais le berger, qui trouve en sus un moyen imparable de ne pas payer son avocat.
Donc une intrigue passablement complexe pour l'époque,qui brocarde un peu comme dans les fabliaux les bourgeois mesquins, la justice forcément véreuse, l'avarice..(le nombre de références au monde judiciaire laisse d'ailleurs à penser que l'auteur est probablement un clerc qui brocarde son domaine).

  A lire absolument en vieux français pour profiter de la savoureuse langue de l'époque. Assez dure à suivre, il faut le reconnaître: question de rythmique, tout est écrit en octosyllabes, la grammaire est plus que fluctuante. Certains textes plus anciens m'ont parfois paru moins compliqués, du temps où il y avait encore des cas sujets et cas régimes pour s'y retrouver. Tout ça ayant disparu dans la langue de Pathelin, la langue est déjà très libre, on se dit parfois qu'il était temps que le XVI° siècle approchant vienne standardiser un peu tout ça pour plus de clarté, même si on perd un peu en verve.
Très intéressant aussi dans cette édition les notes et commentaires philologiques qui viennent mettre également un peu plus de clarté dans tout ça ( enfin, moi j'aime l'étymologie donc, ça ne me gêne pas de passer du texte au commentaire). en tout cas,  c'est avec un grand plaisir que j'ai découvert la preuve que la Fontaine est un copieur: les flatteries de Pathelin au marché rappellent déjà beaucoup le Corbeau et le renard, la preuve est faite aux vers 438 à 459, où la fable est citée intégralement.. vers 1460, elle était donc déjà connue du peuple, suffisamment pour qu'on y fasse référence sur les marchés dans une pièce populaire.

Promis, après l'humour populaire sous forme de fabliau et le théâtre comique sous forme de fable, on passera à des choses plus héroïques ou plus historiques.

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27 décembre 2010

Le Fantôme de Canterville - Oscar Wilde


Et voila donc la lettre W de mon challenge ABC, qui aura changé bien des fois. Partie sur l'idée de lire en anglais une pièce de Wilde, il m'a fallu réorienter mon choix faute de temps. Et au moins ce petit recueil cadre aussi avec le challenge 2€, quelle chance.

On y trouve donc 5 nouvelles: Le fantôme de Canterville, le prince Heureux, le Géant Egoiste, l'ami dévoué et Le rossignol et la Rose.

Le fantôme de Canterville, qui est probablement la plus célèbre des cinq est, disons-le de suite, un bijou d'humour absurde. Le fantôme de la vieille propriété de Canterville Chase, qui terrorise lords et duchesses depuis  trois siècles se trouve vendu, en même temps que la propriété, à une famille d'américains bien terre à terre, et qui n'ont aucune intention de se laisser perturber par un fantôme. Toute une première partie est dédiée aux tentatives piteuses du fantôme pour terrifier ses hôtes, à grand coups d'apparitions de tâches de sang indélébile (qui ne tiendra pas longtemps face au Détergent "super nettoy-tout" du fils de la famille) et de grincement sinistres et nocturne de chaînes ( à quoi le père trouve la solution la plus humiliante qui soit pour un digne fantôme: un flacon d'huile pour graisser ces chaînes qui empêchent le monde de dormir).  Les passages ou le fantôme se prépare tel un acteur pour ses meilleurs rôles sont un délice, avec à chaque fois un nom bien théâtral: "Daniel le muet, ou squelette du suicidé", "Martin le maniaque ou le mystère masqué", "Isaac le noir, ou le chasseur des bois de Hogley", "Jonas Sans-Tombe, ou le voleur de cadavres de Chertsey Barn", "le moine vampire, ou le bénédictin exangue".

Et au final, ce sera la fille de la famille, discrète bien élevée, et dans le fond la moins "américaine" de tous, qui trouvera la solution pour sortir le fantôme devenu dépressif de ce mauvais pas, dans une seconde partie plus triste où l'on en vient presque à plaindre le revenant malchanceux.

Le tout émaillé de piques à savoureuses à l'égard des américains, c'est assez jubilatoire.

Le prince Heureux, contrairement à son titre est une histoire particulièrement triste, ou une statue dotée d'une âme et un petit oiseau s'escriment à sauver une ville de la misère, sans que personne ne leur témoigne le moindre intérêt en retour. Une allégorie donc, qui reviendrait à dire que contrairement à ce que l'on pense " un bienfait est toujours perdu". Je l'avais déjà lu dans un recueil en VO, et par contre je n'ai pas tellement accroché à la traduction d'Albert Savine. Idem pour le Géant Egoiste, traduit par la même personne ( qui n'est pas le même traducteur que pour le fantôme). Là encore, le fait de l'avoir déjà lu en VO me gêne un peu, mais de toute façon l'association jeunesse = printemps est un peu facile à mon goût, et la fin tombe dans le réligieux, c'est un peu dommage.

L'ami Dévoué est, comme le prince heureux, une histoire triste: un grand naïf sympathique se fait rouler et exploiter par quelqu'un qui se prétend son ami, et ne se rend compte absolument de rien. Cette histoire d'amitié intéressée est assez ignoble, car, avouons-le, le lecteur lambda reconnaîtra toujours au moins une personne de sa connaissance. en tout cas, ça m'a rappelé pas mal de noms! C'est en tout cas un Wilde Désabusé qui nous parle, lui aussi devait avoir pas mal de gens en tête en écrivant celà, agrémenté de petites vannes contre les critiques et les "conteurs modernes". Plus intéressant donc que le sujet en lui même, c'st tout ce que l'auteur laisse affleurer de son état d'esprit qui m'attire dans ces contes.

Quand au Rossignol et la Rose, on en devine la fin des les premières lignes, peut être le conte le plus cynique et ironique des cinq. Un homme se lamente de n'avoir pas de roses rouges pour offrir à sa belle, qui n'ira danser avec lui que s'il lui en apporte une  - là normalement n'importe quel lecteur sensé se dit que la fille le mène en bateau et trouvera n'importe quel prétexte pour refuser-, mais non l'homme ne voit rien et continue à se lamenter sur son sort pour une fille qu'on devine ingrate. Et l'oiseau qui le prend en pitié ne devine rien non plus...et bien sur l'homme ne fait rien que se lamenter, l'oiseau se démène pour lui fournir une rose rouge.. que la fille refuse: une ingrate, un idiot narcissique et un oiseau naïf, agissant pour un motif ultra-personnel personne n'est épargné cette fois... le parfait négatif du Prince Heureux et de son oiseau, qui oeuvraient pour le bien de tous

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Je retiens donc Le fantôme pour son humour, le Prince Heureux et le Rossignol ( car ils forment une sorte de dyprique). Les deux autres sont plus anecdotiques, surtout le Géant. Mais c'est toujours un immense plaisir de retrouver l'humour cynique d'Oscar Wilde, qui est quand même l'auteur d'un de mes romans favoris, toutes catégories confondues.

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21 décembre 2010

La pierre et le sabre - Eiji Yoshikawa

abc2010 et challenge_In_the_mood_for_Japan
pierre
En route pour le Japon du XVII° siècle et la lettre Y du Challenge ABC, voici donc "la Pierre et le sabre" de Yoshikawa Eiji.. un pavé (780 pages et ce n'est que le premier volume d'un dyptique!) qui narre les aventures de Takezô et Matahachi, têtes brûlées et mauvais garçons d'un village de campagne du Kansai ( région d'Ôsaka/ Kyoto) qui rêvent de gloire et de brillante carrière militaire dans un pays encore plus ou moins féodal, mais sur le point d'être unifié par le shogun Tokugawa Ieyasu.

Comme il s'agit d'un roman historique, la plupart des personnages et des rebondissements importants sont véridiques et font partie de l'histoire du Japon. Takezô deviendra sous le nom de Musashi le plus célèbre escrimeur du pays, le parangon du samouraï même. Cette première partie narre ses exploits ( assez souvent contestables d'ailleurs) depuis la bataille de Sekigahara (octobre 1600, qui voit la victoire de Tokugawa Ieyasu et son accession au pouvoir) et l'évolution mentale, morale et technique du sauvageon Takezô et sa transformation en véritable kendoka digne de ce nom.
J'ai lu ici et là beaucoup de commentaires qui comparent le roman à "autant en emporte le vent", allez savoir pourquoi, pour moi, c'est plutôt du côté des "toirs mousquetaires" qu'il faut lorgner. Et même, question structure, du côté du western. avec Musashi en bon - mauvais côté compris, Matahachi en truand ( un truand un peu minable qui usurpe l'identité d'un samouraï reconnu pour son propre profit), et Sasaki Kojirô en brute fière aux méthodes coercitives et aux motivations encore floues.

La bonne la très bonne surprise, c'est que le roman mi action/mi philosophique ne traîne pas en longueur, la narration est bien maîtrisée en dépit de coups de théâtre un peu faciles - personnages qui se croisent et se recroisent à 500 m près sans jamais se voir), mais comme l'action est bien menée, ça passe bien. Et cerise sur le gâteau, l'auteur délaisse parfois son personnage central au profit des personnages secondaires souvent plus intéressants. Notamment les femmes. Que se soit Ôtsu, la groupie - désolée il n'y a pas d'autre mot!- de Musashi qui bien qu'elle pleure souvent, sait se montrer une femme de caractère, Akemi la malchanceuse exploitée depuis son enfance par sa maquerelle de mère, Yoshino Dayû la geiko symbole d'éducation et de classe, toutes ont leurs petits moments de gloire avec même quelques notations discrètement féministes qui font plaisir. Et surtout, allez savoir pourquoi, j'adore Ôsugi, la veille dame acariâtre qui a décidé de se venger d'un tort imaginaire que lui aurait causé le héros, et le poursuit avec une opiniâtreté souvent comique, n'hésitant pas, à 60 ans passés à provoquer en duel un escrimeur reconnu.
Matahachi le double "raté" du héros est intéressant aussi, peu de choses séparent les deux amis, si ce n'est d'avoir été bien aiguillé en ce qui concerne Musashi, on a souvent la sensation qu'il s'en est fallu de peu pour que les choses soient totalement différentes. La rencontre avec le moine farfelu Takuan et ses leçons très peu orthodoxes, un peu de chance, un peu plus de discipline aussi.
Et, comme il y a un second volume et que pas mal de choses restent en suspens, je crois que j'ai trouvé ma lettre Y pour l'an prochain, ce sera donc du même auteur "la parfaite lumière", j'ai hâte de savoir  ce que vont devenir les héros en partance pour la nouvelle ville d'Edo (Tôkyô), d'en savoir plus sur le mystérieux et fanfaron Sasaki dont l'affrontement inévitable avec Musahi promet beaucoup, de retrouver Takuan l'imprévisible moine, et surtout la vieille rombière Ôsugi qui m'a bien fait rire à ses dépends. Tant de questions en attente de réponses!

et puis cerise sur le gâteau, comme tout le volume se passe dans le Kansai ou j'ai passé quelques jours, c'est un vrai plaisir de voir à quoi ressemblent les lieux auxquels il est fait référence. Alors pour le plaisir:
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A Nara (Livre II: l'eau) La pagode Kofûkji et le Todaiji (plus grand bâtiment en bois du monde qui contient une statue géante du bouddha)

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A Kyoto le Kyomizudera (livre II, mémé Ôsugi provoque Musashi en duel devant ce temple et les badauds médusés)

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Ginkakuji ( temple d'argent, mentionné plusieurs fois dans le livre IV)
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et Gion, le quartier des plaisirs célèbre pour ses geiko, mentionné aussi plusieurs fois. Pas de chances, je ne suis pas allée jusqu'à Osaka ou Himeji, qui sont aussi mentionné.. trop bête, va falloir que j'y retourne

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20 octobre 2010

L'Assommoir - Emile Zola

Voilà enfin l'auteur qui a motivé le thème de ce challenge ABC. Je n'avais pas encore lu un seul Zola, je n'ai donc pas eu à chercher bien loin pour trouver ma lettre Z. Quand au titre, c'est une descente chez un libraire d'occasion qui a décidé: un volume quasi neuf à 1e, ça ne se refuse pas. D'autant que j'ai quelques Jules Verne dans cette édition déjà, ils iront bien ensemble sur l'étagère " XIX° siècle".

assomoir

L'édition "petite bibliothèque Lattès", des livres de tout petit format, tout mignons, tout bleus... hélas, j'avais oublié un détail, mais de taille: les coquilles. Nom d'un chien qu'est-ce qu'il y en a! Des lettres qui sautent, ce qui donne parfois quelque chose comme " un con de son fichu", au lieu d'un coin, bien sur.. Ou un personnage qui perd une lettre, Coupeau - un nom pourtant hautement dérisoire-, qui se trouve appelé "Coupeu".. et j'en passe. Ca serait peu important s'il n'y en avait pas autant, ce qui est assez indigne d'un éditeur de cette importance.

Donc l'Assommoir, les aventures - mésaventures plutôt-, de Gervaise, blanchisseuse quittée par son concubin Lantier, qui se marie avec son voisin monsieur Coupeau, un brave homme, couvreur, qui de sobre qu'il est, sombre dans l'alcoolisme, par accident, par hasard, et qui y entraine sa famille. C'est ainsi qu'on le présente en général, un drame social sur l'alcool et ses ravages. Mais c'est bien plus que ça. C'est aussi la peinture d'une humanité qui creuse sa propre tombe, à force d'accoutumance: accoutumance à l'alcool, mais aussi accoutumance à la misère: plus personne ne s'offusque de voir une femme ou un enfant mourir sous les coups d'un parent alcoolique, c'est normal! plus personne ne s'offusque de voir un vieux voisin mourir de faim, c'est normal! On se prend à espérer que Gervaise, l'héroïne qui veut prendre sa vie en main va ruer dans les brancards, mais non, elle se laisse submerger par l'indolence - Zola nous précise régulièrement que sa vraie nature la porte à l'indolence et à la gourmandise. Et si Coupeau boit son patrimoine, Gervaise est aussi coupable que lui: mal vue par la famille, elle laisse son orgueil prendre le pas sur sa raison, et se ruine pour un dîner pantagruélique au lieu de payer ses dettes, à seule fin de faire crever sa belle-soeur de jalousie. Et bien sûr, c'est un mauvais calcul. Le plus rageant dans l'histoire, c'est que le lecteur la voit s'enfoncer dans les dettes à force de mauvais choix, et continuer à s'enfoncer sans sourciller lorsqu'elle a l'occasion de faire changer les choses. Il y a longtemps que je n'avais pas autant pesté contre un héros de bouquin - preuve indéniable chez moi que je suis à fond dans l'histoire. C'est pourquoi j'ai du mal à voir Gervaise entièrement en victime d'un sort qui s'acharne. Elle ne saisit pas les occasions de s'en sortir, aveuglée qu'elle est par le fatalisme. Inversement Coupeau n'est pas non plus entièrement coupable: à la suite d'un accident de travail, il n'a plus le courage de remonter sur un toit risquer sa peau pour un salaire de misère, et devient alcoolique à la suite de ce qui serait maintenant considéré comme une dépression nerveuse, mais qui à l'époque passe pour de la flemme pure et simple. Et la plupart des personnages sont à cette image: pas entièrement blancs ni noirs. Gervaise se fait plumer par Lantier son ex, revenu mettre son nez dans les affaire du ménage coupeau, Virginie la langue de vipère qui se moquer se fait plumer à son tour. La belle-soeur (assez langue de vipère elle aussi), que Gervaise imagine riche et avare trime toute la journée au dernier étage d'un appartement délabré, pour un salaire peu mirobolant. Il n'y a pas grand monde qui soit tout blanc ou tout noirs là dedans, hormis la petite Lalie, la voisine de 8 ans, la seule vraie de vraie victime, battue et laissée mourir de faim par son sadique de père : la fille justifie son père, en plus, n'ayant connu toute sa vie que la violence par " c'est l'alcool qui l'a rendu fou, il n'y est pour rien, on doit tout pardonner aux fous", - alors qu'il devait déjà avoir des penchants sadiques à al base. Et bien sur tout le monde ou presque autour meurt emporté par la cirrhose, sauf lui. Là encore on peut être heureux que les mentalités aient changé! Par contre, ce qui ne change pas, c'est le rapport à l'argent, les gens qui se complaisent dans l'endettement, se laissent écraser, font des dettes pour payer les dettes qui leur serviront à payer leur dettes.. et finalement achètent autre chose. Pour Gervaise, ce sera de la nourriture fine hors de ses moyens, pour le Quidam du XXI° siècle, le dernier objet hi-tech à la mode... . Et sur ce point là, qui n'était peut-être pas le propos principal de Zola à son époque, l'histoire reste très très actuelle.

Un autre sujet secondaire très intéressant est amené par le forgeron Goujet, qui voit évoluer son usine avec la révolution industrielle, et le chômage augmenter par contrecoup: la mécanisation arrive, la production à la chaîne apparait, les usine commencent par baisser les salaires, plus on licencie. La aussi..ce n'est plus la mécanisation qui pose problème, ce sont les délocalisations. Les paroles ont changé, mais la musique est la même. Au final, c'est plutôt tout ce qui tourne autour de l'alcool qui est daté, depuis que les gouvernement on fait des efforts dans le domaine de la santé publique.

On m'avait prévenue, Zola, c'est ennuyeux, gnagna, des descriptions, gnagna.. (personnellement je ne comprends pas ce que la plupart des gens a contre les descriptions, mais bon..). Et, partie comme ça, je ne m'attendais pas à adorer. Hé oui! Au contraire, j'ai trouvé tout ce là très bien écrit - même si l'argot de l'époque a un peu vieilli, mais sinon, c'est vivant, bien écrit.. Et je retrouve ce que j'ai déjà dit pour Alexandre Dumas (voir sujet sur le Comte De Monte-Cristo): quel talent narratif! Celui que je retrouve d'ailleurs chez pas mal d'auteurs de la même époque: Dumas donc, mais aussi Jules Verne, Balzac, ou Jules Vallès également. Cet art de savoir raconter une histoire, sans perdre le fil, cette manière de donner l'impression de savoir où l'ont va dès les premières lignes, sans pour autant écrire une histoire cousue de fil blanc dont la fin se devine à des kilomètres. Chapeau, rien que pour ça, il mérite l'appréciation maximale!

Une chose est sûre: il y a déjà sur mon étagère un autre Zola qui attend l'occasion d'être lu!

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12 octobre 2010

La planète des singes - Pierre Boulle

Voila un auteur que j'avais envie de lire depuis longtemps. Un auteur de SF français.. un auteur de SF français qui a écrit le scénario de ce qui est l'un des plus gros cartons du cinéma de SF également.. et pour finir un auteur de SF à succès et originaire de ma ville.. je ne pouvais pas continuer de l'ignorer plus longtemps

Rue des études - Avignon

Je me souviens avoir bien aimé le film ( celui des années 60, bizarrement, celui de Tim Burton ne m'a laissé aucun souvenir particulier hormis les dernières minutes), il faudrait d'ailleurs que je le revoie à l'occasion, mais je peux d'ores et déjà dire que  j'ai adoré le roman, largement plus que sa version ciné.

un roman inclus dans le Recueil "Etrange planète" chez Omnibus

Déjà, grosse différence avec le film de Shaffner, ici pas d'accident de navette sur une lointaine planète. Tout commence en fait par un prologue, assez poétique, qui rappelle les romans d'aventure, de pirates. Deux spationautes nommés Jinn et Phillys, vacanciers en croisière stellaire qui voguent à la voile au sein d'un système tri-stellaire - une voile poussées par les particules des "vents" stellaires, j'adore cette idée- découvrent une bouteille à l'espace. Celle ci continent le récit des mésaventures d'Ulysse Mérou, terrien ayant quitté notre bonne planète en direction du système de Bételgeuse en compagnie de deux autres terriens, le savant Antelle et le physicien Arthur Levain.
Il est bien dommage que ce prologue ait été supprimé des deux versions film, car, si a priori il ne paie pas de mine, on retrouvera nos vacanciers spatiaux dans l'épilogue. Un épilogue à chute, un peu le genre qu'affectionnait Fredric Brown, d'un humour cynique totalement réjouissant et dont il est vraiment dommage de se priver, car il apporte un autre regard sur l'ensemble du roman.

Après la trame varie peu, par rapport à ce qu'on a pu voir à l'écran: Mérou ( déjà, quel nom, tout y est: un prénom de conquérant condamné  à errer des années durant, associé à un nom ridicule. Tout un programme! Le dénommé Taylor du film perd quand même beaucoup en saveur parodique) et ses acolytes accompagnés d'un petit singe arrivent tranquillement sur une planète tellement semblable à la Terre qu'ils la baptisent Soror, la soeur . Par une ironie du sort assez savoureuse, les premiers habitants qu'ils vont croiser sur Soror, sont très semblables aux humains, sauf qu'ils ne savent ni parler, ni rire, ni quoi que ce soit qui ait été défini comme "le propre de l'Homme". Ils ont la caractéristique d'avoir peur des singes - et le petit singe terrien en fera les frais- et les objets manufacturés, ce qui vaudra à nos piteux héros de se retrouver tous nus sur une planète perdue au fin fond de l'espace, avec leur  chaloupe ( une mini navette qui permet de rejoindre le vaisseau spatial principal) réduite en miettes, au milieu d'autochtones particulièrement agressif. Agressif, mais beaux.. et surtout belles. Et bien sûr, les malheureux terriens commencent à en pincer sérieusement pour une beauté sororienne au cerveau reptilien.
Et ne tardent pas a découvrir la raison pour laquelle les humains de Soror craignent les singes: ce sont les maîtres de la planète, qui partent régulièrement à la chasse à l'humain, pour le sport, la science ou pour remplir les Zoos. Toute ressemblance avec un comportement terrestre n'est bien évidemment pas fortuite. Et à partir de là, Boulle va s'en donner à coeur joie avec les détournements savoureux qui épinglent les agissements de nos congénères.

Ulysse enfermé nu comme un ver, dans un labo, va devoir prouver qu'il n'est pas le primitif que tous les singes croient, subir des batteries de tests dégradants avant d'attirer l'attention de la guenon Zira, éminente scientifique du monde de soror, avec qui il réussi a communiquer, et qui va lui apprendre le langage des singes, leur mode de vie, l'organisation politique. Et là encore c'est particulièrement réjouissant, les politiciens, la science, la bourse en prennent pour leur grade. Lors d'une démonstration publique, Ulysse prouve qu'il n'est pas qu'un humain savant habilement dressé par un singe, mais un véritable être pensant, et gagne le droit de vivre dans la société, de se rhabiller, découvre à quel sort il a échappé en visitant les zoos humains ( tiens, y'avait pas des zoos humains au XIX° siècle, ou les soi-disant primitifs étaient exhibés pour le plaisir des "civilisés"), et collabore avec Zira et Cornélius, l'autre chimpanzé scientifique, qui recherche les origines de la civilisation simiesque, le pourquoi de l'émergence de la pensée complexe chez une espèce et pas chez l'autre. et les découvertes qu'ils vont faire sont surprenantes, et vont conduire à l'éviction pure et simple d'Ulysse de la planète des singes, flanqué de Nova - l'humaine primitive de Soror au cerveau en berne qu'il a mise enceinte à l'occasiond e sa captivité, et de leur rejeton- direction la terre à 800 années lumières ( Boulle trouve une solution, cependant, un peu tirée par les cheveux mais très relativiste, et finalement acceptable, pour que le voyage, tant aller que retour, ne dure que 2 ans, tandis que 1600 années terrestres se seront écoulées). Ce qu'il y trouveront, vous vous en doutez si vous avez vu le film.
Mais là encore il vous manquera l'épilogue , j'insiste, il est absolument nécessaire à l'histoire.

Mon avis..
Un grand bravo pour ce court roman, qui mérite largement son qualificatif de culte. Le style est simple, Boulle ne cherche pas à développer un univers super original, mais axe tout son récit sur l'ironie, en retournant comme un gant les situations terrestres et les travers de la société humaine. Ce qui nous vaut des pages absolument extraordinaires, surtout celles sur la politique et la bourse, dignes d'un conte philosophique, et qui rappelle pas mal les voyages de Gulliver ( lorsqu'il est emprisonné comme une bête curieuse au pays des chevaux, il faudrait que je le relise pour me le remettre vraiment en mémoire). Ainsi que les passages ou Mérou ( décidément, crédibilité zéro), s'imagine en envoyé de la providence, afin d'être le sauveur de l'humanité déchue de Soror, dans la mesure ou, c'est un signe, il a fait un enfant à une autochtone au QI limité ( qui d'ailleurs finira par développer un semblant d'intellect, histoire de conforter Mérou dans ses rêves de gloire.. lequel espère d'ailleurs qu'on l'accueillera sur terre avec son souvenir de voyage, tel les explorateurs des temps anciens, fiers de présenter la "primitive "à qui ils avaient inculqué la civilisation. Moralement contestable, n'est-ce pas? heureusement il va vite devoir se rendre compte que la Terre ne l'a pas attendu pour évoluer).

et comme tout m'a globalement plus, je passerai sur quelques pages moins convaincantes d'exploration de la psyché d'une cobaye sororienne, qui serait détentrice de la mémoire collective de son espèce et retrace assez artificiellement l'évolution des habitants de la planète des singes. Mais c'est vraiment un bémol mineur, tant le niveau du reste est réjouissant. Pas de trace dans le roman de l'angoisse de l'arme nucléaire, ni de la guerre froide, mais beaucoup d'autres thèmes intéressants: le statue de l'animal et celui de l'homme, au sein de l'écosystème, et de la société, l'expérimentation sur être vivant, la science, officielle ou officieuse, la recherche de l'origine de l'espèce et le futur de l'évolution...
abc2010bonus
Une lecture du Défi SF.. et aussi en Bonus pour le challenge ABC

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Phèdre - Racine

Aussi curieux que celà paraisse, je n'avais jamais eu l'occasion de livre Phèdre pendant toute ma scolarité.. Du Molière en pagaille, le Cid de racine, un peu de Shakespeare, mais pas de Racine ( j'ai bien du lire Andromaque, il me semble, il y a quelques années, en dehors du cadre scolaire, mais, sans certitude).
Mes seuls contacts avec Phèdre étaient d'avoir du étudier la Tirade de l'acte I scène 3, hors contexte bien évidemment.

Je ne comprendrais jamais la logique des programmes scolaires, genre " reader's digest", nous avons sélectionné pour vous les meilleurs moments de la littérature classique, vous pouvez briller en société sans vous casser la tête à lire tout le livre..

phedre
Bon, je passerai sur le visuel de cette couverture que je trouve moche, absolument moche, cette statue grecque photoshopisée à yeux bleus... bof quoi!

Sinon, La pièce en elle même... bref résumé pour ceux/celles qui comme moi, on lu d'autres auteurs au collège...
Rappel mythologique.
Phèdre, descendante d'une famille à l'histoire plutôt chargée - elle est la fille des souverains de Crête Pasiphaé et Minos, soeur d'Ariane, et demi-soeur du Minotaure, puisque Pasiphaé a trompé son mari avec Poséidon déguisé sous l'aspect d'un taureau, et que le Minotaure est le résultat de cette relation illicite. Poséidon aura, sous son nom latin de Neptune, une importance dans la pièce de Racine. Le Minotaure se nourrit de chair humaine, le roi de Crête entre en guerre contre le roi d'Athènes, et livre en pâture les prisonniers de guerre au monstre, plutôt que ses propres sujets. Thésée, héros athénien qui est également un descendant de Poséidon d'ailleurs, part alors pour la Crête, et tue le Minotaure. Il repart en pour l'Attique avec Ariane qu'il laissera en route dans l'île de Naxos, et Phèdre, qu'il garde comme femme, étant veuf d'Antiope la reine des amazones, avec laquelle il avait eu un fils, Hippolyte.

Voilà ou en est l'histoire, au moment ou commence la pièce: Thésée parti à la guerre est porté disparu, la rumeur prétend qu'il est mort. Et l'inimitié entre Phèdre et son beau-fils est de notoriété publique, celle-ci l'ayant fait bannir tant elle ne peut supporter sa vue. Or, la réalité est qu'elle est tombée amoureuse de son beau-fils, et a cherché à l'éloigner pour éviter de se mettre en fâcheuse posture, un tel attachement étant considéré comme tabou, incestueux ( même s'il ne sont pas réellement de la même famille). Mais, la situation politique étant instable, Hippolyte revient à la cour, pour avoir des nouvelles de son père. Lorsque Phèdre le revoit, sa passion reprend vigueur, et elle tente de se laisser mourir de faim plutôt que d'affronter la réalité.
La nouvelle de la mort de Thésée arrive alors, Oenone - gouvernante et amie de Phèdre - la ramène à la raison, l'empêche de se suicider. Puisque Thésée n'est plus là, plus de tabou: Phèdre avoue son amour à Hippolyte, qui évidemment tombe des nues, et le prend assez mal. D'autant qu'il est très fier, admire son père pour son héroïsme autant qu'il le méprise pour ses nombreuses conquêtes féminines, et se tient éloigné des femmes en général pour éviter de tomber dans le même travers que son père, et de Phèdre en particulier, puisqu'elle clame partout qu'elle le déteste ( un joli cas de névrose, tiens!)

La dessus, il faut mentionner un autre personnage: Aricie, fille d'un ennemi de Thésée, qu'il retient prisonnière dans son palais, frappée d'ostracisme: interdiction lui est faite de jamais se marier, Thésée espère ainsi faire disparaître sans effusion de sang la dernière survivante des ses ennemis( oui, c'est compliqué cette histoire). Ce qui arrangeait plutôt Aricie, décidée de toute façon à rester célibataire. Sauf que... bien évidemment Aricie tombe amoureuse d'Hippolyte (pour son côté "intraitable" justement, et hop, encore une névrosée), et lui d'elle.Bon, là dessus, je trouve que le fier Hippolyte et la fière Aricie reviennent un peu vite sur leurs principes, mais bon, il n'y a que 5 actes, il faut élaguer)

Or, Thésée que tout le monde croyait mort revient, et trouve son fils embarrassé que sa liaison avec Aricie puisse être découverte, Phèdre embarrassée d'avoir fait un aveu tabou. Oenone pour sauver la mise à Phèdre décide donc de faire croire à Thésée que c'est Hippolyte qui a fait des avances taboues à Phèdre, que c'est pour celà qu'elle le fuit. Thésée attribue l'attitude penaude d'Hippolyte - à cette situation, le chasse et le maudit, laissant le soin à Neptune ( vrai père d'Hippolyte même si Racine n'en parle pas), de le punir. Hippolyte, maudit et déshérité, se préparer alors à s'enfuir avec Aricie. Mais il meurt avant d'avoir pu mettre son projet à exécution, dans un accident de char provoqué par un monstre marin - puisque Neptune punit l'aveuglement de Thésée en réalisant son voeu. Rongées de culpabilité, Oenone et Phèdre se suicident, et Thésée, qui se retrouve tout seul, décide finalement d'adopter Aricie orpheline par sa faute, de manière à corriger un peu le tir.

Etonnamment, j'ai trouvé cette pièce plutôt intéressante, malgré une aversion pour le théâtre rimé ( alexandrins parfaits, deux hémistiches bien régulières à chaque fois, rimes plates.. j'avoue que j'ai beaucoup de mal à ne pas me laisser endormir par ce style, souvent volontiers emphatique en plus). Mais voila, il se passe beaucoup de choses, peut-être un peu trop même pour 5 actes; l'actionne traîne pas en longueur. les personnages sont tous plus ou moins névrosés, il y aurait beaucoup à dire là dessus si on voulait attaquer une analyse psychologique. Surtout Oenone d'ailleurs, manipulatrice, personnage qui agit, tandis que Phèdre est plutôt passive, se laisse mener par les événements, quitte à regretter. Elle passe son temps à fuir, plutôt que d'affronter ses problèmes: fuite devant Hippolyte, en se laissant mourir de faim, fuite devant Thésée en refusant de se monter, et fuite devant tout au final en se suicidant.
Mais voilà au final, je ne dirais pas que ça m'a énormément plu, sur ce genre de sujet, je préfère directement le théâtre grec ou latin, au moins on évite les fioritures langagières dans les traductions. Cependant, c'est une assez bonne surprise, vu que je pensais ne pas aimer du tout. Peut-être qu'en la voyant sur scène, j'aurais un avis différent encore.

Un lecture du challenge ABC et aussi du Challenge 2€


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04 septembre 2010

un peu de rangement!

Avec tous ces nouveaux défis, il est temps de faire un brin de rangement pour y voir plus clair.

sont donc en cours:

Le challenge ABC 2010 ( au 23 août: 19/26.. ça avance bien!)





Le Défi SF  chez Geishanellie (3/3..  et on va continuer!)







Le Défi " Une année en Russie"  chez Pimpi (libre).. 1 lecture, 1 visite, 1 musée, 1 spectacle, et  1 souvenir de cours de Russe publiés






Le challenge 2€ de Cynthia (libre, déjà 2 en commun avec le challenge ABC)






Le Challenge "In the mood for Japan" de Choco

challenge_In_the_mood_for_Japan


le Challenge BD de Mr Zombi (0/30.)

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encore un défi? (3)

Nooooon? si!! mais comment pouvais-je résister!



C'est à Choco et son blog le grenier à livres que nous devons cette proposition


Jusqu'en Juin prochain, me voilà donc embarquée à lire 6 livres Japonais ou récits de voyages sur le thème du Japon. Rien de bien difficile donc, mais ça me motivera à ouvrir autre chose en provenance du Japon que des mangas ou des livres de cuisine.



Déjà lu: La mort en été de Mishima, et Au sud de la frontière à l'ouest du soleil de Murakami H. En attente: Les notes de chevet de Sei Shônagon. Encore 3 à trouver.

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Souvenirs de cours de Russe (2) - l'effet Koulechov

russie

Deuxième chapitre des souvenirs de cours de Russe, et en l'occurrence aussi de cours d'option cinéma. Obligée de monter un dossier sur un sujet de mon choix pour l'oral de l'option cinéma au bac, j'avais décidé de rassembler mes deux options en une, en proposant un dossier sur l'Art d'état dans la Russie des années 20, et donc l'utilisation du cinéma naissant dans ce cadre.

L'occasion donc de découvrir une intéressante expérience réalisée en 1922 par Lev Koulechov, cinéaste, qui pose les bases de l'art du montage au cinéma par la même occasion. De quoi s'agit-t-il en substance?

Koulechov prouve qu'une image donné de se lit pas seule, mais en fonction de celles qui l'entourent. Celles qui la précèdent, mais aussi, celles qui la suivent. Et que donc, le message porté ou supposé porté par une image change en fonction du contexte. Dit comme ça, de nos jours, ça n'a l'air de rien, mais en 1922, dans le cadre du cinéma muet, la découverte de ce phénomène qui porte depuis lors le nom d'effet Koulechov avait une importance énorme. Importance artistique au niveau du montage, importance politique aussi, puisqu'il prouve qu'en manipulant très simplement les images, on peut également modifier le sens du message que l'on veut faire passer.

L'expérience: Koulechov a simplement choisi un plan fixe, non expressif, sans intention particulière de l'acteur Mosjoukine, trois fois exactement le même plan, associé d'abord à une assiette pleine, puis a un cadavre dans un cercueil, et en dernier lieu une femme allongée sur un canapé.

Après avoir présenté les 3 séquences à 3 groupes de spectateurs cobayes, il leur a simplement demandé de définir quelle était l'intention du jeu de l'acteur. A quoi le premier groupe a répondu: la faim, le deuxième: la tristesse, et le troisième: la séduction.

Or bien évidemment,  il s'agit d'auto-suggestion, inférée par l'autre image accompagnant la séquence, puisque justement , il s'agissait à chaque fois du même plan fixe. Ce qui ouvre des perspectives alors inexplorées, en narration  cinématographique, en psychologie cognitive, en manipulation d'images ( hélas!) et aussi en marketing ( principe de base des images subliminales)

ici, pour les curieux, les 3 séquences bout à bout, bien sûr l'effet est moins évident sur une personne qui les voit consécutivement que sur des groupes séparés. Il n'empêche que l'expérience a eu une importance retentissante. Toujours pas convaincus? Vous laisserez vous mieux convaincre par Alfred Hitchcock?

( désolée pour les non polyglottes, la vidéo est en anglais sous-titré espagnol, impossible de le trouver sous-titré français, la description de l'effet Koulechov est proposé par le maître Hitch vers la fin de l'extrait)

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03 septembre 2010

Ubu Roi - alfred Jarry

ubu_roi
Pour cette lettre J, j'ai décidé, soyons fous, d'inaugurer un nouveau support: l'E-book. Je n'avais pas encore essayé, mais bon, pourquoi pas. Ubu est donc disponible, libre de droit (car plus ancien que les 100 ans fatidiques) ici, au format PDF.

Sur le format d'abord. Bien sûr il y a l'énorme avantage de ne pas prendre de place, et donc de ne pas venir s'empiler sur une pauvre étagère déjà surchargée. Et Bien sûr, il y a aussi l'énorme inconvénient de devoir avoir son ordi sous la main pour le lire - ne parlons pas des visionneurs d'E-Books, au prix par trop prohibitif encore pour l'instant. Le format PDF n'est pas trop pénible à lire si on ne passe pas des heures et des heures d'affilée dessus, la lecture reste aisée, moins fatigante que ce que je craignais. Donc, ça sera un oui pour moi, mais seulement pour les ouvrages que je ne tiens pas absolument à rajouter dans ma collection, que je n'ai aps le temps d'aller chercher à la médiathèque, qui sont tout le temps sortis ou indisponibles, et assez courts surtout.

Donc Ubu. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en fait. Le personnage est connu, on y fait souvent référence, on en vante l'absurde et la dérision mais je ne savais pas trop de quoi ça parlait au juste. Et finalement c'est une bonne surprise, notamment parce qu'il s'agit d'un détournement parodique de Macbeth, que j'ai également cette année au programme de l'ABC. Et, en ayant lu d'abord Macbeth, par chance, j'ai pu apprécier la parodie qu'en donne Jarry.
Evidemment, c'est un peu étonnent, les deux premiers actes laissent un peu perplexe, le Troisième démarre très fort, lorsqu'Ubu, despote idiot, pingre,  sûr de lui, et prétentieux commence son " train de réformes" à son propre profit, secondé par sa mégère de femme. A ce moment là, la critique de la démagogie ( donner de l'argent par-ci par-là pour gagner la confiance du peuple), de la haute finance ( récupérer un maximum de sous par ailleurs en spoliant un maximum de gens) et de la législation ( promulguer finalement des lois pour se mettre à l'abri) est bien vu. Ca reste assez proche de ce qui se passe encore ici où là sur ce globe. Ubu devenu roi décide que puisqu'il a le trône, il n'est plus question de séparation des pouvoir: le juridique, le judiciaire, l'exécutif.. l'Etat, c'est lui. Ajoutons à tout ça qu'il a quand même une chance hors du commun qui lui permet systématiquement d'échapper aux situations périlleuses où le met régulièrement sa bêtise et son incroyable couardise. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de fanfaronner même lorsqu'il s'est rendu ridicule( Ubu dans une grotte avec ses sbires, attaqués par un ours, se mettra hors de danger laissant les autres se dépêtrer avec la bête, et prétendra quand même avoir tour fait, car c'est grâce à lui bien sûr que l'animal à été tué. Hé oui, car il a prié Dieu avec ferveur, et ça a d'autant mieux réussi, qu'il est monté tout en haut d'un rocher pour que ses prières aillent plus vite!)
Poltron, goinfre, malhonnête, pingre, prétentieux, abruti, ne retenant rien de ses échecs.. le portrait du politicard sans cervelle de base. Autant dire que son coup d'état miteux ne durera que quelques jours, car il réussi par ses réformes fiscales à se rentre impopulaire en moins de 48h.

snoopycool
Une bonne surprise donc que cette courte pièce, une vision de la politique totalement désabusée et cynique, mais qui fait mouche. Après le style, très oral, est particulier, les créations lexicales foisonnent. "De par ma chandelle verte" et " cornegidouille" sont les jurons fétiches d'Ubu à ce propos. On accroche ou pas.

En tout cas, ça annonce déjà dès la fin du XIX° le théâtre de Ionesco. Replacée dans son époque, on devine que la pièce n'a pas été très bien accueillie. De nos jours, c'est bien évidemment moins étonnant, les surréalistes et le théâtre de l'absurde sont passés par là, mais la critique politique reste savoureuse. Par contre il faut préciser que la première représentation s'est faite en théâtre de marionnettes. Et d'ailleurs, ça semble convenir tout à fait, on a du mal à se l'imaginer jouée par ces acteurs en chair et en os. Le côté " pantin" cadre en fait tellement bien avec l'idée même du fantoche politique que je le vois difficilement autrement ( ou alors si: dessin animé, papier découpé, théâtre d'ombres, etc..) mais pas en représentation "réelle"

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